Les aisselles de Marcelle
Marcelle est robuste. Cinq pieds d’une grâce rude aux coins mâles, des biceps de titane, une taille de moine. Elle pourrait être parfaite, donc, n’eut été cette pilosité remarquable dont se nourrit une féminité déficiente. Nul besoin d'imagination pour se convaincre des fumantes richesses de son anatomie, puisque même le myope sursaute à la vue des phanères exubérants dont s’orne par grappes le derme de la belle Marcelle. D’épaisses mèches sauvages occupent en tortillant les tranchées humides de son vaste corps, bosquets de ronces voraces où s’égare l’humeur humaine, et ce sont les exhalaisons mêmes de l’existence que capte le pif, blessé. Geignent en cœur dans la douce prison de ses aisselles trente six ans d’émotions, brassées, emboîtées, transfigurées et flétries. Mais Marcelle, point tachée, est heureuse.

