jeudi 26 novembre 2009

Parapluie

"À la page deux-cent-dix-sept, je pus lire en même temps qu’elle la dernière phrase du roman, dont les mots étaient « Revenir sans doute vers la citée. ». Sa joue gauche avait frémie. Et tout résidait là, dans cette joue qui s’éveille un instant. Tout notre petit monde parfois maladroit, surtout beau, en était issu. Nous avions le syndrome de la joue.

Un temps plus tôt, je ne sais plus quand, elle était venue s’échouer près de moi, naufragée volontaire sous mon parapluie. La pluie criait tout autours et son vacarme engourdissait lentement mon humanité enlainée, lorsque, propulsée hors de la tourmente, elle était là, et nous étions deux; l’idée de cette femme s’était, pour ainsi dire, imposée à moi. Et, je le dis, le monde avait coulé en eau sur cet instant. D’ailleurs, je ne me souviens plus très bien si même il existait, le monde, ce jour-là. Sans un mot; nous étions suffisamment biens pour ne pas les nécessiter, ni le monde, ni les mots. Alors, quand s’était éteint le ciel, nous étions partis de concert vers une intimité concevable, par là-bas, dans un pub peut-être.

Voilà."

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