dimanche 3 janvier 2010

Je me suis endormi dans la forêt, mais c’est dans un lit que je me suis réveillé. Dans une pièce close qu’en me levant, j’ai réalisé qu’ils sont frêles, les songes qui mêlent à la nuit la chute du jour. J’ai suivi en automate la routine obtuse des semaines, regrettant la première pensée de ma journée.

Je les trouve si pures, ces vérités ponctuelles qui éclosent au matin avant même que se rappelle à nous l’étance humaine. Maladroites parfois, mais si cristallines. Ces instants réveillent en moi le souvenir inconsistant des années qui ont précédé l’éveil de la conscience, avant même que ma réflexion survive aux secondes. Et puis, la large réalité dense et pataude les étouffe et s’engouffrent en torrent les images du rien complexe qui peuplent ma journée.

En titubant, j’enfile un t-shirt. Un œil ouvert, l’autre refusant de laisser aller les couleurs de rêves dont je ne me souviens déjà plus. Je suis nostalgique d’endroits dont il ne me reste pas même la plus vague image. Cette mélancolie brumeuse, je la traine avec moi le long d’un court passage jusqu’à la petite cuisine où, étrange idole, la cafetière attend sur le comptoir comme sur un autel. Deux cuillères pour une tasse, interrupteur, attente. Et la mécanique soupire. D'un long souffle, elle s'émancipe de je ne sais quelle pensée improbable. Le temps de verser le café dans une large tasse couleur bois, de le travestir du lait et du sucre apocryphes, et elle replonge dans l'état paisible qui est celui des machines éteintes. Quelques gorgées suffisent à transformer ma léthargie en quelque chose d’inerte mais de vivant. Une heure m’est impartie pour me débarrasser des derniers reliefs du sommeil, assembler en vitesse quelques éléments de dîner, et abandonner derrière moi l’envie de m’enrouler dans le tapis de ma chambre et d’y rester. En refermant la porte de l’appartement, je m’imagine déjà y retourner. La journée sera longue.

Les matins frais d’automne pourraient être jolis s’ils n’étaient peuplés d’êtres humains geignards et gris dont le visage éteint enlève l’envie d’exister. Je le sens comme je le dis, Montréal oublie proprement ses manières lorsqu'elle a froid, et la violente chaleur des masses se mêle aux incivilités citadines en un tout immonde de pestilence. Le métro est un temple consacré à la mort du sens humain. En y entrant, j’oublie derrière moi l’émotion et le souffle. L’armature urbaine étriquée trésaille en douleur ainsi que mes silences obligés; c'est long, je voudrais vagir mon ennui, un dégoût certain et la peur qui paralyse tout le mystique et fort qu'eut pu contenir ce corps, mais je n'en fais rien et cesse d'être le temps des dix stations, en apnée sous la ville.
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